Чтение без границ

Сегодня будем читать, как Ален Делон, по-французски.

P. Gripari «Le Gentil Petit Diable: Et Autres Contes de la Rue Broca»  

Пьер Грипари́ (фр. Pierre Gripari; 7 января 1925, Париж — 23 декабря 1990, там же) — французский писатель, поэт, драматург. Наиболее известен как автор произведений для детей, среди которых особенно популярны «Сказки улицы Брока».

Книга сказок «улицы Брока», популярная среди французских юных читателей. В сборнике 13 рассказов. Все они необычные, загадочные и в разы интереснее, чем «Кот в сапогах». Пьер Грипари всегда считал сказки самым стоящим делом на свете! Однажды он написал, что главное в жизни — это истории, которые никогда не происходили, никогда не произойдут и вообще не могут произойти!

Мы предлагаем вам самую первую историю «Le Gentil Petit Diable». Как видно из названия этой сказки речь идёт о маленьком, но, к сожалению, добром чертёнке.

Il était une fois un joli petit diable, tout rouge, avec deux cornes noires et deux ailes de chauvesouris.
Son papa était un grand diable vert et sa maman une diablesse noire. Ils vivaient tous les trois dans un lieu qui s’appelle l’Enfer, et qui est situé au centre de la terre. L’Enfer, ce n’est pas comme chez nous. C’est même le contraire : tout ce qui est bien chez nous est mal en Enfer; et tout ce qui est mal ici
est considéré comme bien là-bas. C’est pourquoi, en principe, les diables sont méchants. Pour eux,
c’est bien d’être méchant. Mais notre petit diable, lui, voulait être gentil, ce qui faisait le désespoir de sa famille. Chaque soir, quand il revenait de l’école, son père lui demandait :
–Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui ?
– Je suis allé à l’école.
–Petit imbécile! Tu avais fait tes devoirs ?
–Oui, Papa.
–Petit crétin! Tu savais tes leçons ?
–Oui, Papa.
–Petit malheureux! Au moins, j’espère que tu
t’es dissipé ?
–Ben…
–As-tu battu tes petits camarades ?
–Non, Papa.
–As-tu lancé des boulettes de papier mâché ?
–Non, Papa.
–As-tu seulement pensé à mettre des punaises
sur le siège du maître pour qu’il se pique le derrière?
–Non, Papa.
–Mais alors, qu’est-ce que tu as fait ?
–Eh bien, j’ai fait une dictée, deux problèmes, un peu d’histoire, de la géographie…
En entendant cela, le pauvre papa diable se prenait les cornes à deux mains, comme s’il voulait se les arracher :
–Qu’est-ce que j’ai bien pu faire à la Terre pour avoir un enfant pareil? Quand je pense que, depuis des années, ta mère et moi, nous faisons des sacrifices pour te donner une mauvaise éducation, pour te prêcher le mauvais exemple, pour essayer de faire de toi un grand, un méchant diable! Mais non! Au lieu de se laisser tenter, Monsieur fait des problèmes! Enfin, quoi, réfléchis: Qu’est-ce que tu comptes
faire, plus tard?
– Je voudrais être gentil, répondait le petit
diable.
Bien entendu, sa mère pleurait, et son père le punissait. Mais il n’y avait rien à faire : le petit diable s’obstinait. À la fin, son père lui dit :
–Mon pauvre enfant, je désespère de toi. J’aurais voulu faire de toi quelqu’un, mais je vois que c’est impossible. Cette semaine encore, tu as été premier en composition de français! En conséquence, j’ai décidé de te retirer de l’école et de te mettre en apprentissage. Tu ne seras jamais qu’un petit diablotin, un chauffeur de chaudière…
Tant pis pour toi, tu l’as voulu! Et en effet, dès le lendemain, le petit diable n’alla plus à l’école. Son père l’envoya à la Grande Chaufferie Centrale, et là il fut chargé d’entretenir le feu sous une grande marmite où bouillaient une vingtaine de personnes qui avaient été très, très méchantes pendant leur vie. Mais là non plus le petit diable ne donna pas satisfaction. Il se prit d’amitié pour les pauvres damnés et, toutes les fois qu’il le pouvait, laissait le feu baisser pour qu’ils n’aient pas trop chaud. Il parlait avec eux, leur racontait des histoires drôles, afin de leur changer les idées – ou encore il les interrogeait :
–Pourquoi êtes-vous ici ?
Alors ils répondaient: nous avons tué, ou nous avons volé, nous avons fait ceci, cela.
– Et si vous pensiez très fort au bon Dieu? demandait le petit diable. Vous ne croyez pas des fois que ça pourrait s’arranger?
–Hélas non! disaient-ils. Du moment que nous sommes ici, c’est pour toujours!
–Ça ne fait rien, pensez-y un peu, pendant que vous n’avez pas trop chaud…
Ils y pensaient, et même certains d’entre eux, pour y avoir pensé quelques minutes, disparaissaient
d’un coup – pop! – comme une bulle de savon. On ne les voyait plus. C’était le bon Dieu qui leur avait pardonné.
Cela dura jusqu’au jour où le Grand Contrôleur des Chaudières Diaboliques fit sa tournée d’inspection
annuelle. Et quand il arriva à la chaudière de notre petit diable, il fit un beau vacarme!
–Qu’est-ce que c’est que ça? Cette chaudière doit contenir vingt et une personnes et je n’en
trouve que dix-huit! Qu’est-ce que ça veut dire ? Et le feu est presque éteint! Qu’est-ce que c’est
que ce travail? Alors, ce n’est plus l’Enfer, ici, c’est la Côte d’Azur? Allez, vivement, soufflez-moi là-dessus, et que ça bouille! Et quant à vous, mon petit ami (il s’adressait à notre jeune diable), quant à vous, puisque vous n’êtes pas capable d’entretenir un feu, on va vous mettre à l’extraction de la houille!
Et le lendemain le petit diable travaillait dans une mine de charbon. Armé d’un pic, il extrayait
de gros morceaux de houille et creusait des galeries. Cette fois, on fut content de lui, car il travaillait de tout son coeur. Bien sûr, il le savait, ce charbon-là était destiné aux chaudières, mais il était ainsi fait que lorsqu’il entreprenait un travail, il ne pouvait s’empêcher de le faire bien. Un jour, comme il creusait une galerie dans une veine d’anthracite, voilà qu’en donnant un coup de pic il se vit tout à coup inondé de
lumière. Il regarda dans le trou qu’il avait fait, et vit une grande salle souterraine très éclairée, avec un quai plein de gens affairés qui descendaient et qui montaient dans un petit train vert avec une voiture rouge. C’était le métro!
–Chic! pensa-t-il. Me voilà chez les hommes ! Ils vont pouvoir m’aider à être gentil ! Il sortit de son trou, et sauta sur le quai. Mais à peine l’eurent-ils aperçu que les gens se sauvèrent avec des cris horribles. Comme c’était heure de pointe, il y eut bousculade, des enfants étouffés, des femmes piétinées. Le petit diable avait beau crier :
–Mais restez là! N’ayez pas peur !
Il n’arrivait même pas à se faire entendre. Les gens criaient plus fort que lui. Dix minutes plus tard, la station était vide, à l’exception des morts et des blessés. Ne sachant trop que faire, le diable alla droit
devant lui, monta un escalier, deux escaliers, poussa une porte et se trouva dans la rue. Mais
les pompiers, qui l’attendaient, l’arrosèrent brutalement avec la lance à incendie. Il voulut fuir du côté opposé, mais des agents lui foncèrent dessus, la matraque haute. Il voulut s’envoler, mais les hélicoptères de la police l’avaient déjà repéré. Heureusement il aperçut, tout au bord du trottoir, l’ouverture d’une bouche d’égout, et il s’y engouffra.
Toute la journée, il la passa à circuler dans des souterrains pleins d’eau sale. Ce n’est qu’à minuit sonné qu’il remonta à la surface, et se mit à marcher dans les petites rues sombres, en se disant :
– Il faut pourtant que je trouve quelqu’un qui me vienne en aide! Comment leur faire comprendre que je ne suis pas méchant ?
Comme il disait ces mots, une vieille dame apparut, qui s’approchait en trottinant. Le diable alla à sa rencontre, la tira par la manche et appela doucement :
–Madame…
La vieille dame se retourna :
–Qu’est-ce qu’il y a, mon petit garçon? Tu n’es donc pas encore couché, à cette heure-ci ?
–Madame, dit le petit diable, je veux être gentil. Comment est-ce que je dois faire ?
Au même moment, la vieille dame, en regardant mieux, aperçut les deux cornes et les ailes de chauve-souris. Elle se mit à balbutier :
–Non!Non! Pitié, mon Dieu! Jene le ferai plus!
–Qu’est-ce que vous ne ferez plus ? demanda le petit diable.
Mais la dame ne répondit pas. Elle tomba évanouie. pourtant l’air gentil…
Il s’en alla un peu plus loin et, passant par la rue Broca, aperçut une boutique éclairée. Il s’approcha et vit, par la porte vitrée, Papa Saïd qui avait déjà fermé et se préparait à aller se coucher. Le diable, timidement, frappa contre la vitre :
–Excusez-moi, Monsieur…
–C’est trop tard! dit Papa Saïd.
–Mais je voudrais…
– Je vous dis que c’est fermé !
–Mais je ne veux pas boire, je veux être gentil !
–C’est trop tard! Revenez demain !
Le petit diable était désespéré. Il commençait à se demander s’il ne ferait pas mieux de retourner en Enfer et de devenir méchant, comme tout le monde, quand tout à coup il entendit un pas
d’homme.
«C’est ma dernière chance », pensa-t-il.
Il courut en voletant dans cette direction et s’arrêta à l’angle d’un boulevard. Une ombre noire
venait à sa rencontre. C’était comme une femme, mais cela marchait comme un soldat, à grandes enjambées. En vérité c’était un prêtre, vêtu de sa soutane, qui revenait de chez un malade. Le petit
diable l’aborda :
–Pardon, Monsieur…
–Pardon ?
Le prêtre regarda, fit un saut sur lui-même, et se mit à faire à toute vitesse de drôles de gestes
devant sa figure, en murmurant un tas de choses en latin, que le diable ne comprit pas.
Comme le diable était poli, il attendit que le prêtre ait fini son manège, puis il reprit :
–Pardon, Monsieur. Je suis un petit diable et je voudrais devenir gentil. Que dois-je faire ?
Le prêtre ouvrit de grands yeux :
–Tu me demandes ce que tu dois faire ?
–Oui, pour devenir gentil. Qu’est-ce qu’on fait, à mon âge, pour devenir gentil ?
–On obéit à ses parents, dit le prêtre, sans réfléchir.
–Mais je ne peux pas, Monsieur. Mes parents, eux, voudraient que je devienne méchant !
Le prêtre, cette fois, commençait à comprendre.
–Ah zut, c’est vrai! dit-il. Mais aussi, quelle affaire! C’est bien la première fois que j’entends parler d’un cas pareil… Au moins, tu es sincère ?
–Oh oui, Monsieur !

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